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On trouvera ici trois recueils poétiques de Salvador Espriu (Catalan, 1913-1985) où la méditation de la mort dont lauteur disait quelle était laxe de son uvre prend les tonalités les plus diverses. Cimetière de Sinera (1946) et Les Heures (1952-54) évoquent en effet dans un registre élégiaque un monde détruit à tout jamais par la guerre civile et la disparition dêtres bien-aimés : le monde perdu de Sinera, espace mythique qui jusque dans sa réalité typographique est comme lenvers de la ville réelle dArenys de Mar, berceau de la famille Espriu. À lopposé, dans Semaine Sainte (1971), la Passion du Christ et les cérémonies religieuses qui la représentent débouchent sur des méditations de la mort dune autre nature, traitées cette fois-ci sur le mode grotesque : misère du peuple de Sepharad figuration dun peuple espagnol brisé par l exil intérieur comme le peuple juif par la Diaspora ; et encore au-delà misère dune condition humaine que lexistence de la mort voue à une fondamentale absurdité.

I
Par les ravines descend le char
du soleil, venant de crêtes
de fenouils et de vignes
que jai toujours en mémoire.
Je vais parcourir lordre
de verts cyprès immobiles
dominant la mer calme.
II
Quelle petite patrie
encercle le cimetière !
Cette mer, Sinera,
collines de pins et de vignes
poussière de ravines. Je naime
rien dautre, si ce nest lombre
voyageuse dun nuage.
Le lent souvenir des jours
qui sont passés à jamais.

Cimetière de Sinera nous entraîne sereinement à la recherche de Dieu dans la clarté dun cimetière parmi les pins et les cyprès, dans les jeux du soleil, des vents et de la pluie. À la recherche de soi-même ensuite à travers des miroirs obscurcis par les ombres et les soirs, avant les peurs de la nuit.
Les Heures sont le champ ouvert dune lutte contre le temps, loubli ; ressurgissent dans des éclats de mémoire des êtres disparus mais non perdus.
Un tel recueil a ainsi le mérite de présenter au public français les poèmes mystiques et familiers, lyriques et sévères, épurés jusquà donner limage de linfini, dun écrivain qui a longtemps craint que le catalan dût mort.
M. Borrut, Les Livres, novembre 1981.
Voici pour la première fois rassemblés, en édition bilingue, trois recueils majeurs de Salvador espriu, lune des grandes voix de la poésie catalane contemporaine.
Sur tous ces textes plane le souvenir de la guerre dEspagne et de son désastre. Lorsque Salvador Espriu y parle à la première personne, ce nest jamais que pour faire office de témoin et de veilleur. Il écrit au nom dun peuple et dun temps révolu, cest-à-dire au nom même de labsence. Et il semble que la poésie tire ici précisément sa force de lespère dutopie quelle est vouée à reconstruire ou préserver.
Jean-Michel Maulpoix

 
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