Éditions Corti

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Les Loups

Sophie Loizeau | Domaine Français (2019)

Le livre de Sophie Loizeau correspond bien à une certaine orientation de la collection poésie, marquée par la présence de la nature (comme le livre de Aurélie Foglia édité récemment). Ce n’est évidemment pas la nature à la manière des Romantiques, mais la nature telle qu’elle peut être ressentie au XXIe siècle.

Quant au livre Les Loups (2017 – 2018), il s’agit peut-être là d’un combat. Entre le don et la violence, entre le sensé et l’insensé, entre la compréhension et la bêtise, entre des forces que tout oppose (les loups et les anti-loups) et dont les radieuses se nomment Loups (terme générique désignant l’ensemble des êtres sauvages et persécutés, désignant ce qui échappe au contrôle et à la domination, à l’enrôlement). Un combat à l’issue duquel les anti-loups sont circonscrits, puis dissous.

Ce qui œuvre dans tous les livres de Sophie Loizeau et qu’elle nomme Le don d’instase c’est quand tout concorde un instant. Réceptivité à la nature, aux bêtes, aux sensations, au surnaturel, à l’esprit du monde ; joie d’habiter et recueillement sont les maîtres mots. Mais la contrepartie du don est sombre et cherche à tout gâcher. L’auteure écrit dans cette tension.



• Presse

(...)Au final, le geste de Sophie Loizeau est simple, élémentaire même ; geste de rattachement, dans un terre-à-terre revendiqué, sans dépassement : « toucher la terre / avec la main n’a rien de transcendant ». La surface devient la seule profondeur sensible qui permette la vibration et l’accès à toute l’intensité insubstituable de l’existence, dans son ivresse à vif et nue. La poésie hurle avec les loups. Cette philosophie enracinée, immanente, revient de livre en livre comme une basse continue, ici à la faveur d’un « Premier chant de peau » : « désormais le reste de notre existence sera pour jouir ça a commencé ».

“Les Loups” de Sophie Loizeau

par Aurélie Foglia, Sitaudis, article complet.



Dédié au loup, dernier nomade qui, col tendu vers le ciel, chante « son état d’âme parfois mélancolique », ce nouveau recueil de Sophie Loizeau est plein d’une nature finement observée, ressentie, recensée. Des bêtes : cormorans, cygnes, hérons. Des paysages : rivages, bosquets, châteaux. Mais c’est une nature qui fraye avec le surnaturel, les mythes antiques et les rites sioux. À la sensualité heureuse du “Corps saisonnier” (Le Dé bleu, 2001) ou du “Roman de Diane” (Rehauts, 2013), a succédé, dans “Ma maîtresse forme” (Champ Vallon, 2017), une tentative pour oraliser la langue poétique : « à chaque âge clé son nom :/ Petite-Loutre- Intense Chasseuse-de-Pères-/ Amants je donnerais n’importe quoi pour recouvrer mes pouvoirs/ du temps où j’étais Rêveuse-de-Mystère ». Désormais elle veille, à son tour, sur sa « petite », et s’apprête à vivre un « cycle austère ». Car successivement ont disparu son père et sa mère. Surprenants et superbes poèmes, où l’harmonie est sans cesse reconquise sur l’obscurité.

Monique Petillon, “Le Monde”, 25 avril 2019.


Voir aussi sur Poezibao, un article d'Yves Boudier.